Violence
Physique.
Quand il voulait m'apprendre à me « défendre », se battait avec moi, me faisait tomber par terre, me cognait, m'égratignait. Les bleus, les entorses, les marques rouges... un jour, je m'en rappelle, il m'a ouvert le doigt avec un poignard. Ça, ça a duré pendant des années.
Quand il me tenait les poignets, m'obligeant à l'embrasser, et que personne ne réagissait autour quand je me débattais. Il serrait de plus en plus, impossible de lui faire lâcher prise. Les poignets douloureux, rouges, les bleus qui apparaissaient. Et ce regard, ces paroles qui disaient qu'il ne lâcherait pas, même si j'avais mal, même s'il me cassait le poignet.
Quand il serrait ses mains autour de mon cou dans nos moments intimes. Pas de quoi laisser des marques, juste de quoi me faire paniquer, je déteste qu'on manipule mon corps ou qu'on l'agresse, ça me rends malade. Peur qu'il m'étouffe...
Quand il frappait dans les murs, dans les poteaux, dans tout ce qui passait à sa portée, en me regardant en même temps ou après, de ce regard qui disait qu'il pouvait me frapper moi aussi.
Verbale.
Quand je n'étais là que pour satisfaire ses besoins, parce moi ça ne comptait pas.
Quand je n'étais que son faire-valoir, que sa contradictrice, sa vitrine en public. En privé...
Quand je n'étais pas assez, pas assez belle, pas assez jolie, pas assez femme, pas assez sexy, pas assez. Difficile d'être « pas assez » quand en face de soi on a un trop qui cache un gouffre de rien.
Quand il me blessait.
Quand il me menaçait. Ce « Si... » dont j'ai eu tant peur, tellement lourd de sous-entendus.
Quand il cherchait à rentrer dans mes failles, insistant car la confiance est importante entre deux personnes... pour appuyer dessus, faire saigner mes blessures pour mieux me contraindre.
Psychologique.
Quand la peur de ne rien savoir, d'être dans l'imprévisible, la violence.
Quand je n'arrivais plus à respirer, à rire, à sourire.
Quand j'étais triste, tout le temps, partout, avec tout le monde. Sans savoir pourquoi.
Quand la peur prenait le pas sur tout le reste.
Quand je croyais que j'allais mourir si je partais.
Quand je n'arrivais plus à imaginer l'avenir, que je pensais à mourir, à me faire mal pour oublier.
Quand j'avais l'impression que c'était de ma faute s'il allait mal, que j'étais la mauvaise.
Quand tout le monde voyait mais que personne ne faisait rien.
Et puis, j'ai tenu bon. Grâce à elle, ma mère, grâce à elle, ma famille, grâce à lui, mon amour de toujours, grâce à eux, mes amis, grâce à elles, mes études, mon but dans la vie, un feu impossible à dompter et à briser, même pour lui. Grâce à elles, les filles de psycho qui m'ont toujours écouté, réconforté.
Ça fait toujours mal quand j'y repense, quand ça fait irruption dans ma vie, des souvenirs que j'aimerais brûler. Je les oublie petit à petit, je fais tout pour ça. Je les arrache de ma mémoire comme des lambeaux brûlés au fer rouge.
Mais maintenant comprenez pourquoi j'ai peur de lui. Peut importe tout ce que vous savez, tout ce que vous dites. J'aurais toujours peur.
